Comment j'ai failli ne jamais obtenir mon QEP.
Il y a quelques jours (plutôt 3 mois, je n'ai pas eu le temps d'écrire depuis), j’ai reçu une bonne nouvelle.
Enfin… une très bonne nouvelle (excellente même).
Je suis désormais Qualified European Photographer.
Mais avant d’avoir cette certification, il y a eu plusieurs mois de travail, une session reportée, un colis perdu, une enquête internationale, du stress (beaucoup de stress) et une question récurrente :
« Mais il est où, ce putain de colis ? »
Enfin...
« Mais where is this fucking colis ? » (Ouais, je suis bilingue.)
Alors forcément, j’ai envie de te raconter cette épopée.
Assieds-toi confortablement avec un paquet de pop-corn et tiens-toi prêt à vivre une aventure digne de L'Odyssée.

Tout a commencé avec une idée assez simple (en apparence)
Si tu me connais, tu sais que j'aime relever des défis et essayer de nouvelles choses, en photos, alors j'ai voulu tenter et expérimenter une nouvelle façon de faire.
La couleur occupe une place importante dans ma photographie.
Ce n’est pas vraiment nouveau, et tu as dû forcément t'en rendre compte en regardant mon travail : j’aime les images colorées, les associations de teintes, les lumières travaillées et les univers qui ressemblent parfois davantage à un décor de cinéma qu’à une photographie classique.
On est en janvier 2025 (dans mon histoire, pas sur le calendrier), et ça fait déjà plusieurs mois que je n'ai pas créé de projet. Et pour ne rien te cacher, ça me manque. Alors, dans l'attente des résultats du Portraitiste de France (n'hésite pas à revivre cette aventure ici), j'ai envie de franchir une nouvelle étape et de me confronter à un European Photographer.
Alors, pour ce dossier de qualification, j’avais envie de travailler autour de la couleur.
Mais je ne voulais pas simplement faire douze images colorées.
Je voulais construire quelque chose.
Sur mon bureau est posé un disque chromatique, je l'ai sous les yeux au quotidien. L’idée m’est donc venue de recréer un cercle chromatique, mais vu que je n'ai personne sous la main, je le ferai avec des fruits et des légumes (je n'ai pas non plus de potager au studio, mais c'est plus simple à mettre en place, enfin c'est ce que je croyais...).
Chaque image devait trouver sa place dans ce cercle. Une couleur principale, accompagnée d'une teinte voisine, pour créer progressivement un passage d'une image à l'autre.
Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet…
Mais avec des fruits et des légumes.
Et surtout, je voulais que ces aliments deviennent autre chose que ce qu’ils sont habituellement.
Je voulais les photographier comme des objets précieux.
Comme des photos de bijoux, où l'élément principal ressort seul au centre, de façon presque poétique.
J'ai donc expérimenté et bidouillé avant de trouver ce que je voulais vraiment.
Une série en 4 saisons
J'aurais évidemment pu acheter douze fruits et légumes différents, les poser sur une table et réaliser toute la série en deux jours.
Techniquement, rien ne m'en empêchait.
Mais ça ne me plaisait pas.
Je voulais travailler avec les fruits et légumes au fil des saisons.
Alors j'ai attendu.
J'ai photographié certains sujets quand ils étaient disponibles, puis j'ai attendu les suivants.
La série s'est construite sur environ plusieurs mois, entre la première et la dernière photographie.
Et forcément, ça complique légèrement la notion de planning.
Si je veux présenter mon travail prochainement, ma série doit être prête pour la session de juin 2025. Mais malheureusement, ce ne sera pas possible car il me manque encore un élément, une couleur, le seul... mais un fruit qui ne sera disponible qu'en août.
Il faut donc mettre gentiment ce projet de côté jusqu'à ce que je puisse enfin trouver des figues.
« Ce n'est pas pour un EP. mais pour un QEP. »
La Federation of European Professional Photographers est l’organisation européenne qui réunit les associations professionnelles de photographes de nombreux pays européens et qui organise notamment des sessions de qualification EP, QEP et Master QEP.
Ces trois qualifications représentent plusieurs niveaux de reconnaissance technique et artistique.
L'European Photographer reconnaît un niveau professionnel et des compétences techniques correspondant aux standards de la profession. Le dossier est jugé en ligne sur des photos numériques.
Le Qualified European Photographer va plus loin. Il ne s’agit plus simplement de montrer que l’on sait faire des photographies, mais de présenter un véritable travail photographique, cohérent et suffisamment abouti pour être présenté sous forme de tirages et évalué par un jury international. Le QEP est une reconnaissance de l’excellence photographique.
Et au-dessus, il y a le Master QEP, qui constitue le niveau de reconnaissance le plus élevé de ce système et qui est réservé aux photographes ayant déjà obtenu le QEP.
Maintenant que tu sais précisément à quoi correspond ce lot d'acronymes, on va pouvoir reprendre notre récit.
À l'origine, comme tu le sais, je pensais présenter cette série pour obtenir mon European Photographer. Puis, lors d'une formation sur la colorimétrie réalisée par un confrère, j'ai décidé de montrer plusieurs images issues de ma série pour optimiser le rendu des couleurs de mes images.
Et plusieurs photographes présents ce jour-là m'ont fait la même remarque :
« Tu ne devrais pas présenter ça en EP, c'est beaucoup trop abouti. Fais-en un QEP. »
Je prends leur avis en considération et je fais évoluer mon dossier pour le présenter à un QEP. Pas besoin d'avoir le niveau inférieur pour le présenter, et la prochaine session est en novembre, alors je fonce. Mon dossier sera prêt, la figue arrive dans quelques jours.
Tu ne participeras pas en Novembre !
On est au mois d'octobre (arrête de regarder ton calendrier, reste dans l'histoire), mon inscription est faite, mes tirages sont prêts, et j'attends de connaître l'adresse pour l'envoi de mon colis.
L'attente commence à durer, un peu trop... puis je reçois un mail pour me dire que la session de novembre est reportée en juin 2026 par manque d'inscriptions...
Huit mois de plus à attendre.
Tant pis. Je prends ça comme un signe : il ne faut pas que je brûle les étapes, je dois d'abord passer mon EP. C'est ce que je vais faire.
Je choisis de poursuivre mon aventure dans la couleur : un portrait, une couleur.
Je trie les photos que j'ai déjà et j'organise rapidement des séances pour celles qui me manquent, finalement ça ira beaucoup plus vite qu'avec des fruits et des légumes, et en moins d'une semaine mon dossier est monté et envoyé.
Novembre ne sera pas le jugement de mon QEP, mais celui de mon EP.
Si tu es passé à côté, tu peux toujours lire l'article sur l'obtention de mon titre d'European Photographer.

Direction Sofia - Bulgarie (à dos d'escargot)
Mai 2026.
Mon colis a pris la poussière, posé sur une étagère dans le studio.
Je reçois enfin l'adresse pour envoyer mon colis. Direction Sofia, en Bulgarie.
C'est la dernière ligne droite, plus qu'un mois avant d'avoir le résultat.
Le dernier mois d'attente. Seize se sont déjà écoulés depuis la réalisation de la première image. Jamais un projet n'aura pris autant de temps avant de se concrétiser.
Je vérifie une dernière fois mes tirages.
Rien ne manque.
Je vais à La Poste.
Et le colis part.
Cette fois, c'est bon.
Enfin, c'est ce que je croyais...
Les jours s'enchaînent et le temps presse. Ça fait plus de 15 jours que le colis est bloqué à la douane bulgare. Impossible d'en savoir davantage. Le numéro de suivi s'arrête ici.
Pour en savoir plus, j'appelle le service client dédié qui me renvoie vers mon bureau de poste local.
Et tu sais quoi ?
Au bureau de Poste, on me dit d'appeler le service client... personne ne sait rien (et personne ne veut rien savoir), on m'envoie à droite, puis à gauche... une vraie partie de ping-pong digne des 12 travaux d'Astérix.
On m'explique que pour un colis de valeur qui contient environ 600 € de tirages, il aurait mieux valu souscrire à une assurance... (il aurait surtout fallu que le gars qui est à l'accueil et qui met 10 jours à trouver un timbre me le propose...)
Et surtout, il contient le résultat de plusieurs mois de travail.
Je commence donc à avoir légèrement chaud.
Pas la chaleur agréable d'un mois de juin dans le Sud.
Plutôt la chaleur du genre :
« Si ce colis est perdu, je dois refaire douze tirages et trouver un moyen de les envoyer à Sofia avant le jugement. »
Le temps commence à manquer.
On est à 15 jours du passage devant le jury.
Mon colis est perdu.
Le stress monte.
Si le transit postier laisse à désirer, le mien est en parfait état de fonctionnement.
Une enquête internationale.
Je prends les devants et j'envoie un mail à la Fédération Européenne pour leur expliquer la situation.
Ils vont se renseigner auprès de l'organisateur pour savoir si mon colis a bien été réceptionné.
Paris - 1er juin
Une journée qui, décidément, restera assez particulière pour moi puisqu'elle correspondait également à une autre histoire riche en rebondissements autour de mon logiciel Vision et d'un fameux ON.
Tu as raté cet article ?
Découvre-le ici : J'ai créé le logiciel que je rêvais d'avoir. Et je vais te le donner.
Bref.
Revenons à ce qui nous intéresse.
Je suis en plein séminaire des élus de la FFPMI et mon téléphone sonne :
Service client La Poste - Colissimo international.
Ça fait des jours que j'attends leur appel.
J'explique la situation, et mon interlocuteur lance une Enquête Internationale.
Nom de code : CC104478916FR ref COL-88515144
Le dossier doit être jugé quelques semaines plus tard.
Si le colis est définitivement perdu, il faut que je sache rapidement si j'ai le temps de refaire les tirages.
L'opérateur me rassure.
Une enquête internationale est ouverte.
On me dit que j'aurai une réponse rapidement.
Cette mission, de la plus haute importance, sera classée « dans les plus brefs délais »...
Entre 15 et 30 jours...
Effectivement, pour l'administration française, c'est assez rapide...
... pas suffisamment pour moi, surtout que j'apprends à ce même séminaire que maintenant le QEP sera jugé une seule fois par an et que la prochaine édition sera en juin 2027...
Après avoir déjà attendu quasiment un an.
Très honnêtement, je n'avais aucune envie de repartir pour un tour.
Une double bonne nouvelle
À 24 h du jury, je reçois un message de l'organisation qui me dit qu'ils ont bien reçu mon colis depuis plusieurs jours déjà.
Mes tirages sont à Sofia, c'est une bonne nouvelle. Ouf.
Je crois que je n'ai jamais été aussi heureux de savoir qu'un colis était quelque part.
La Poste, de son côté, continue son enquête... (je les laisse chercher gentiment).
Nous somme le 13 Juin 2026 et après plus d'un an de travail et d'attente, mon dossier est enfin entre les mains du jury.
Douze photographies.
Douze images pensées comme une seule série.
Un cercle chromatique construit avec des fruits et des légumes.
Six mois de création.
Des mois d'attente.
Et un colis qui aura traversé l'Europe dans un scénario que même moi, je n'aurais probablement pas osé écrire.
Et finalement…
Seconde bonne nouvelle, je deviens officiellement :
QEP
Qualified European Photographer

Cette année-là, 31 photographes ont présenté un dossier et 15 ont obtenu la qualification, dont 4 photographes français.
Je fais partie de ces quatre.
Et forcément…
Je suis sacrément content.
Une étape de plus dans mon parcours.
Le QEP est une belle reconnaissance. Une de plus cochée dans ma "check-list"
Mais ce que je retiens surtout de cette aventure, c'est tout ce qu'il y a derrière.
L'idée de départ.
Le fait d'avoir pris le temps de construire une série.
Le temps passé à réfléchir à la cohérence de l'ensemble.
Les tirages.
L'attente.
Le doute.
Et finalement, le moment où le projet existe réellement ailleurs que dans ma tête.
C'est probablement ça qui m'intéresse le plus dans ces qualifications.
Elles obligent à sortir de son quotidien.
À prendre son propre travail, à le regarder avec davantage de recul et à se demander :
« Est-ce que cette série raconte vraiment quelque chose ? »
Et surtout :
« Est-ce qu'elle me ressemble ? »
Pour moi, cette série répond oui.
Elle parle de couleur.
De simplicité.
De précision.
Et de cette envie que j'ai depuis longtemps de transformer quelque chose de banal en une image qui donne envie de s'arrêter quelques secondes.
Cette qualification vient compléter un parcours qui s'est construit très rapidement :
Portraitiste de France 2025.
European Photographer 2025.
Qualified European Photographer 2026.
Trois distinctions en un peu plus d'un an.
Je ne sais pas encore où tout ça va me mener.
Mais je sais une chose.
Je n'ai absolument pas l'intention de m'arrêter là.
Ce n'est que le début de mon voyage. Ah, et en parlant de voyage, tu te demandes sans doutes ce qu'a donné le résultat de l'enquête de Colissimo International ? Voici le mail qui m'a été envoyé le 29 Juillet : Cher Monsieur,
Vous nous avez contactés le 01/06/2026 pour votre colis N°CC104478916FR non parvenu à Madame (nom du destinataire).
Les informations recueillies auprès de notre partenaire étranger indiquent que cet envoi est à la disposition du destinataire au bureau de poste « Sofia 42 », situé au 25, rue Lyuben Karavelov, Sofia 1142, numéro de téléphone : ********
Le destinataire doit se rendre à cette adresse pour retirer son colis dans les plus brefs délais afin d'éviter un retour.
Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute question ou précision complémentaire.
Vous pouvez nous contacter sur notre site internet, rubrique contact.
Bien cordialement, Presque deux mois après le lancement de l'enquête et environ un mois après que mon colis a déjà fait l'aller-retour entre Sofia et la France (parce que oui, juste après le jugement de mon dossier, l'organisateur me l'a renvoyé et je l'ai reçu la même semaine), le service postal a donc remporté, à sa manière, le prix du meilleur suspense de cette histoire.



















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